cas d usage
Comment ouvrir un créneau sécheresse et douleurs intimes en une semaine au cabinet ?
Sylvie exerce seule dans une ville moyenne, reçoit surtout du post partum et voit arriver des femmes de cinquante ans qui parlent de brûlures et de rapports douloureux. Elle décide d’ouvrir une demi journée par semaine. Voici sa semaine, jour par jour, jusqu’à la première patiente reçue.
Publié le Mis à jour le 11 minutes de lecture Par Jimenez Julien
Une fiche du Classeur, à lire avant votre prochaine demi journée de consultation.
La réponse courte : oui, cinq journées suffisent, à deux conditions. N’ouvrir qu’un seul motif d’entrée, et vous interdire d’écrire quoi que ce soit de nouveau après le mercredi soir.
Sylvie a cinquante deux ans et exerce seule dans une ville moyenne de l’Ouest. Son activité est faite de post partum, de rééducation périnéale et de suivi de grossesse. Depuis un an, des femmes de cinquante ans l’appellent pour des brûlures, une sécheresse, des rapports devenus douloureux. Elle décide d’ouvrir une demi journée par semaine.
Voici sa semaine. Lundi, le périmètre du créneau. Mardi, la trame et les signes d’orientation. Mercredi, les documents remis et le questionnaire pré consultation. Jeudi, l’ouverture des créneaux et l’information autour d’elle. Vendredi, la première patiente. Puis ce qu’elle corrige dès la semaine suivante, parce que rien ne tient au premier essai.
Lundi : choisir un seul parcours et écrire ce qu’il couvre
Sylvie commence par la décision qu’elle repousse depuis des mois : quoi ouvrir exactement.
Pourquoi un seul motif d’entrée au départ
Sa première intention était d’annoncer d’un coup le périnée, la périménopause et la santé intime. Elle y renonce en une heure, cahier d’appels ouvert. Sur les quinze demandes notées depuis le printemps, onze parlent de sécheresse ou de douleurs pendant les rapports.
Trois parcours, ce sont trois trames à tenir, trois séries de fiches à maintenir et trois manières de répondre au téléphone. Un seul motif, c’est une trame, une liste de signes d’orientation qu’elle connaîtra par cœur en quinze jours, une phrase à donner au secrétariat.
Le choix reste réversible dans un seul sens. Élargir en janvier lui coûtera une matinée. Rétrécir un créneau ouvert trop large lui coûterait un trimestre de rendez vous mal orientés.
La phrase qui décrit le créneau en deux lignes
Elle passe le reste de la matinée sur deux lignes. Ce qu’elle retient tient en trois phrases : une consultation dédiée à la sécheresse vulvovaginale et aux douleurs pendant les rapports, à partir de la périménopause ; un temps d’écoute, un examen si l’indication est posée, des conseils et un suivi ; ni une urgence, ni un remplacement du suivi médical habituel.
Deux lignes qui disent ce que le créneau couvre et, surtout, ce qu’il ne couvre pas. Elles serviront quatre fois : au téléphone, sur sa page de présentation, dans le message envoyé avec le questionnaire, et dans sa propre phrase d’accueil en début de consultation.
Écrire cette phrase avant d’ouvrir l’agenda évite la moitié des malentendus. La patiente qui appelle pour une infection urinaire fébrile est réorientée dès le premier échange, pas assise en face de vous.
Mardi : construire la trame de consultation et les limites d’orientation
Mardi matin, la trame de consultation. Sylvie ne cherche pas l’exhaustivité, mais un déroulé qu’elle pourra tenir douze fois de suite sans y penser.
Quatre temps de consultation, minutés
Elle découpe le rendez vous en quatre temps et attribue à chacun une durée. Le premier est bloqué sur soixante minutes, avec une marge assumée qu’elle sait qu’elle utilisera.
| Temps | Durée visée | Ce qui s’y passe |
|---|---|---|
| Reprise du questionnaire | Dix minutes | Vérifier, préciser, faire dire ce que l’écrit tait |
| Retentissement et attentes | Quinze minutes | Vie quotidienne, sommeil, couple, attentes de la patiente |
| Examen si indiqué | Quinze minutes | Expliqué avant, réalisé avec accord, décrit à voix haute |
| Plan de suivi et documents | Quinze minutes | Conduite à tenir, fiche remise, date de suivi |
Le temps le plus souvent sacrifié est le dernier. Sylvie le protège en notant sur sa trame l’heure à laquelle elle doit y être arrivée.
La liste des signes qui font sortir du parcours
L’après midi, elle écrit la liste qu’elle affichera à côté d’elle, sur le montant de son bureau. Elle tient en six lignes.
- Tout saignement survenant après la ménopause installée.
- Une lésion visible, une ulcération, une plaque qui ne cède pas.
- Une douleur d’installation brutale ou d’intensité inhabituelle.
- Une masse perçue, une modification de la vulve signalée par la patiente elle même.
- Des signes urinaires accompagnés de fièvre ou de douleur lombaire.
- Une situation de violence ou de contrainte évoquée pendant l’entretien.
Cette liste n’est pas un ornement. L’article L. 4151-1 du code de la santé publique, consultable sur Legifrance, encadre la consultation de contraception et de suivi gynécologique de prévention par la sage-femme et lui impose d’adresser la femme à un médecin en cas de situation pathologique. Sylvie transforme cette obligation en circuit concret : elle appelle deux médecins généralistes du quartier, obtient l’accord de principe d’un rendez vous rapide, et note les deux numéros directs sur la même feuille que sa liste.
Mercredi : préparer les documents remis et le questionnaire pré consultation
Mercredi est la journée où la plupart des projets s’enlisent. Sylvie s’impose une contrainte de volume.
Trois fiches, pas douze
Elle prépare trois fiches patientes, datées et sourcées, et refuse la quatrième avant d’avoir reçu vingt femmes. La première explique ce qu’est la sécheresse vulvovaginale et pourquoi elle s’installe. La deuxième décrit ce qui soulage au quotidien, sans se substituer à une prescription. La troisième énumère les situations qui doivent faire consulter sans attendre.
Trois fiches, une matinée. Douze fiches, un mois pendant lequel aucune patiente n’est reçue. Sylvie a vu trop de consœurs abandonner à la fiche numéro sept.
Le choix des supports mérite un arbitrage à part entière, entre écriture personnelle, documents institutionnels et trames à réécrire : c’est tout l’objet de la comparaison entre rédiger ses fiches patientes, reprendre celles des sociétés savantes ou les personnaliser.
Un questionnaire de dix questions maximum
L’après midi, elle finalise le questionnaire pré consultation. Dix questions, pas onze. L’ordre suit celui d’un entretien réel : le motif d’abord, l’ancienneté ensuite, le retentissement quotidien, les antécédents utiles, les traitements en cours, et un unique champ libre placé à la fin.
Un champ libre au milieu du formulaire fait décrocher. Placé en dernier, il recueille souvent la phrase la plus importante du rendez vous. Sylvie enregistre une fois pour toutes le message d’envoi, en précisant que le questionnaire prend cinq minutes et n’est pas obligatoire pour être reçue.
Elle relit ensuite la liste des vérifications à faire avant d’envoyer un premier lien de questionnaire, parce qu’un questionnaire envoyé sans ce contrôle se reprend intégralement trois mois plus tard.
Jeudi : ouvrir les créneaux et prévenir sans faire de réclame
Jeudi matin, l’agenda. Sylvie ouvre quatre créneaux le vendredi après midi et laisse volontairement le dernier libre les deux premières semaines.
Le mot au secrétariat téléphonique et aux consœurs
Elle transmet à son secrétariat téléphonique les deux lignes rédigées le lundi, mot pour mot, accompagnées de trois questions de filtre et d’une consigne unique : en cas de doute, proposer le créneau et le lui signaler.
Elle prévient ensuite les deux médecins généralistes contactés la veille, la pharmacienne de la place et deux consœurs qui ne reçoivent pas sur ce motif. Ce sont ces conversations, pas une annonce, qui remplissent le premier mois.
Informer le public dans le cadre déontologique
Sur sa page de présentation, elle décrit les motifs pris en charge, les modalités de rendez vous et le déroulé. Rien d’autre.
Le code de déontologie des sages-femmes, aux articles R. 4127-301 et suivants du code de la santé publique, admet une information du public sur votre activité, à condition qu’elle reste loyale et honnête. Ce qui reste exclu est simple à repérer : la promesse de résultat, la comparaison avec des confrères et consœurs, le témoignage de patiente mis en avant comme argument.
Sylvie écrit donc que la consultation existe, pour qui, à quels horaires. Elle n’écrit pas qu’elle change la vie des patientes, même quand c’est vrai.
Vendredi : la première consultation, minute par minute
Quatorze heures. La première patiente a cinquante quatre ans, questionnaire rempli le mercredi soir.
Les deux minutes de relecture de la synthèse
À treize heures cinquante huit, Sylvie ouvre la synthèse des réponses. Deux minutes de lecture, pas plus. Elle y trouve la durée des symptômes, deux antécédents qu’elle aurait mis dix minutes à obtenir à l’oral, un traitement en cours, et une phrase dans le champ libre qui oriente tout l’entretien.
Ces deux minutes remplacent le quart d’heure de reconstitution qui ouvrait autrefois chacune de ses consultations. C’est là, et nulle part ailleurs, que se gagne le temps.
La consultation qui tient dans le temps prévu
Le rendez vous démarre par une vérification, pas par une anamnèse : Sylvie reprend les réponses à voix haute et demande ce qui manque. La patiente corrige deux points et ajoute ce qu’elle n’avait pas écrit.
L’examen est expliqué avant d’être proposé, réalisé avec accord, décrit pendant qu’il se déroule. Le plan de suivi est écrit devant la patiente, la fiche remise et commentée, le point de suivi fixé à six semaines.
Quinze heures deux. La consultation a tenu dans le temps prévu, ce qui, pour un premier rendez vous sur un motif neuf, ne va pas de soi. Les rendez vous qui débordent ont des causes identifiables, détaillées dans les erreurs qui font déborder une consultation ménopause, et la première d’entre elles est l’absence de recueil préalable.
Ce que Sylvie change dès la deuxième semaine
Quatre patientes reçues, quatre questionnaires remplis. Le parcours bouge dès le lundi suivant.
Deux questions supprimées, une reformulée
Deux questions n’ont jamais été renseignées : une sur les antécédents familiaux, formulée trop largement, une sur les traitements anciens que personne ne se rappelle. Elles disparaissent.
Une troisième est réécrite. La question sur le retentissement, posée en termes cliniques, ne produisait que des réponses vides. Reformulée en langage courant, elle demande ce que la patiente a arrêté de faire à cause de ses symptômes. Les réponses deviennent utilisables.
Un rappel de suivi ajouté au parcours
Elle ajoute enfin un point non prévu : un message écrit envoyé trois semaines après la consultation, qui rappelle la conduite convenue et propose de reprendre contact si rien n’a bougé.
Deux patientes sur quatre y répondent. L’une reprend rendez vous, l’autre signale une amélioration. Ce rappel transforme une consultation isolée en suivi.
Le parcours n’est pas figé, et sa révision fait partie du travail au même titre que la consultation. Sylvie relit le sien une fois par trimestre, questionnaire, trame et fiches ensemble.
Jimenez Julien
Auteur et éditeur de MaieviaIl a passé plusieurs mois dans des cabinets de sages-femmes libérales, du Maine-et-Loire aux Hautes-Pyrénées, à observer comment se prépare une consultation de périménopause, de périnée ou de santé intime quand tout le contenu reste à écrire le dimanche soir. Il n’est pas soignant et n’écrit jamais à la place de la clinicienne : son travail consiste à mettre en documents datés, sourcés et versionnés ce que la sage-femme sait déjà, dans le cadre fixé par le Code de la santé publique.
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