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Que vérifier avant d’envoyer votre premier lien de questionnaire à une patiente ?
Envoyer un lien de questionnaire à une patiente, c’est déjà traiter des données de santé. Avant le premier envoi, quelques vérifications évitent des mois de reprise : information de la patiente, hébergement, durée de conservation, formulation des questions sensibles. Voici la liste à cocher, dans l’ordre où vous allez la dérouler.
Publié le Mis à jour le 11 minutes de lecture Par Jimenez Julien
Une fiche du Classeur, à lire avant votre prochaine demi journée de consultation.
Six vérifications, dans cet ordre. La liste des champs réellement collectés. L’endroit où les réponses atterrissent. L’information délivrée à la patiente avant l’envoi. La durée de conservation et le sort de la synthèse imprimée. Le contrôle clinique des réponses qui imposent un rappel. Le test à blanc, sur votre propre téléphone puis sur celui d’une consœur.
Comptez une matinée pour les six, une seule fois. Ce sont les mêmes vérifications que vous referiez trois mois plus tard, en urgence, avec quarante questionnaires déjà partis.
Le point de départ est celui que l’on oublie le plus volontiers : envoyer un lien de questionnaire à une patiente, c’est traiter des données de santé, catégorie que le règlement général sur la protection des données protège de manière renforcée. Tout le reste en découle.
Avant tout : savoir quelles données vous allez réellement collecter
Personne ne relit son propre formulaire. On l’a écrit, on le connaît, on croit le connaître. C’est faux dès la troisième version.
Lister les champs, un par un
Recopiez chaque champ dans l’ordre, y compris ceux ajoutés au fil des semaines parce qu’une patiente avait posé une question ce jour là. Vous obtenez rarement le formulaire que vous croyiez avoir.
Deux catégories apparaissent toujours. Les champs administratifs, redondants avec ce que vous détenez déjà. Et les champs cliniques ajoutés par prudence, qui recueillent une information que vous ne regardez jamais.
Numérotez la liste. Elle vous servira de nouveau au moment du contrôle clinique et du test à blanc.
Supprimer tout ce qui n’a pas d’usage en consultation
Passez chaque champ au même test : qu’est ce que je fais de cette réponse pendant le rendez vous ? Si vous ne savez pas répondre en une phrase, le champ disparaît.
Ce n’est pas une préférence de méthode. Le principe de minimisation posé par le règlement général sur la protection des données impose de ne collecter que les données adéquates, pertinentes et limitées à la finalité poursuivie. Collecter au cas où n’est pas une option, et la Commission nationale de l’informatique et des libertés publie des repères pour les professionnels de santé exerçant en libéral.
Un dernier point, souvent ignoré : dès lors que votre traitement porte sur des données de santé, l’obligation de tenir un registre des activités de traitement s’applique, quelle que soit la taille du cabinet. Une page suffit, mais elle doit exister.
Le point technique : où atterrissent les réponses
Question simple, réponse souvent embarrassante. Ouvrez votre outil et suivez le trajet d’une réponse, de l’écran de la patiente jusqu’à l’endroit où vous la lisez.
Une messagerie ordinaire ne convient pas
Un formulaire gratuit qui renvoie les réponses vers votre adresse personnelle stocke des données de santé dans une boîte que vous consultez depuis votre téléphone, dans le train, et dont vous ne maîtrisez ni la localisation ni la durée de rétention.
Même remarque pour le tableur partagé, la note vocale, la photographie de la feuille remplie. Tout cela circule et se recopie.
Le critère est concret : qui accède aux réponses, depuis quel poste, avec quel mot de passe, et que reste t il si vous changez d’outil l’an prochain ?
Hébergement de données de santé et sous traitance
L’article L. 1111-8 du code de la santé publique, dont le texte figure sur Legifrance, impose que les données de santé recueillies à l’occasion d’activités de prévention, de diagnostic ou de soins et déposées auprès d’un tiers soient hébergées par un hébergeur certifié à cet effet. Le même article prévoit un contrat écrit entre le professionnel et l’hébergeur.
Deux questions à poser par écrit à votre prestataire. Où sont hébergées les données, et l’hébergeur est il certifié pour les données de santé ? Existe t il un contrat de sous traitance décrivant ce qu’il fait pour votre compte, et ce qu’il ne fait pas ?
Si vous n’obtenez pas ces deux réponses en trois jours, vous avez la vôtre.
L’information de la patiente, avant le premier envoi
Le questionnaire arrive souvent sans un mot. La patiente reçoit un lien, ne sait pas d’où il vient, et la moitié ne l’ouvre pas.
Qui envoie, pourquoi, ce que devient la réponse
Rédigez un texte court, en langage courant, que vous joindrez à chaque envoi. Il tient en cinq points.
- Qui envoie : votre nom, votre qualité de sage-femme libérale, l’adresse du cabinet.
- Pourquoi : préparer la consultation et gagner du temps sur le recueil initial.
- Qui lit les réponses : vous seule, sous le secret professionnel.
- Combien de temps les réponses sont conservées, et ce qui en est versé au dossier.
- Comment demander l’accès, la rectification ou l’effacement, avec une adresse de contact qui fonctionne.
Ce texte n’est pas une formalité. C’est lui qui sépare un lien suspect d’un lien attendu, et il pèse directement sur le nombre de questionnaires remplis.
Le droit de ne pas répondre au questionnaire
Écrivez la phrase noir sur blanc : le questionnaire n’est pas une condition pour être reçue. Celle qui ne le remplit pas est accueillie de la même façon, avec le recueil fait à l’oral.
Cette phrase protège votre patiente et vous protège. Sans elle, le consentement recueilli est contraint, donc fragile, et vous écartez les femmes sans ordinateur, sans forfait ou peu à l’aise avec l’écrit. Rarement celles qui ont le moins besoin de vous.
La durée de conservation et le sort de la synthèse imprimée
Deux objets différents circulent : les réponses brutes stockées dans l’outil, et la synthèse que vous imprimez avant le rendez vous. Ils n’ont ni la même vie ni la même durée.
Fixer une durée et l’écrire
Aucune durée universelle ne s’impose pour les réponses brutes d’un questionnaire pré consultation. C’est donc à vous de la fixer, de la justifier par un usage réel et de l’écrire dans votre registre.
La logique tient en une ligne : ces réponses servent à préparer une consultation. Une fois la synthèse versée au dossier de suivi, leur conservation dans l’outil n’a plus d’objet. La durée retenue est courte, la suppression est effective à l’échéance, et elle est automatique, sinon elle n’a jamais lieu.
Vérifiez ce point précis avant le premier envoi : votre outil sait il supprimer, ou seulement archiver ?
Le papier oublié sur le bureau
C’est la faille la plus banale. Une synthèse imprimée à treize heures cinquante, une consultation qui déborde, une feuille qui reste sur le plan de travail jusqu’au lendemain.
La règle est simple et ne souffre pas d’exception : à la fin du rendez vous, la synthèse est versée au dossier ou détruite. Jamais laissée dans une bannette, jamais glissée dans un cahier de liaison, jamais emportée chez vous.
Un destructeur de documents à côté du bureau règle cela mieux que n’importe quelle procédure écrite. Le secret professionnel se joue là aussi.
Le contrôle clinique : signes d’orientation et formulations
Les quatre premières vérifications relèvent du droit et de la technique. Les deux dernières relèvent de votre métier, et elles ne se délèguent à personne.
Relire chaque réponse possible qui doit déclencher un rappel
Reprenez votre liste numérotée et parcourez les réponses possibles de chaque question. Repérez celles qui ne peuvent pas attendre le rendez vous : elles imposent un appel avant la date, ou une orientation immédiate.
Puis vérifiez que le circuit existe vraiment. Qui consulte les réponses, à quelle fréquence, que se passe t il si le questionnaire arrive un vendredi soir pour un rendez vous fixé le mardi suivant ?
Un questionnaire qui recueille un signal d’alerte que personne ne lit avant huit jours vaut moins qu’un questionnaire qui ne le recueille pas. Le périmètre de ce que vous suivez vous même et de ce que vous adressez au médecin est détaillé dans ce que vous pouvez suivre en ménopause et où s’arrête la compétence de la sage-femme.
Les questions sensibles à ne pas poser par écrit
Tout ne se demande pas par formulaire. La sexualité, les violences subies, le rapport au corps et à l’image de soi appellent une présence, un regard, la possibilité de s’arrêter.
Une question écrite sur les violences, posée à une femme qui remplit le questionnaire sur le téléphone familial, dans le salon, peut la mettre en danger. Une question écrite sur la sexualité produit le plus souvent une réponse fausse par pudeur, ou un abandon du formulaire à la question suivante.
Ces sujets se travaillent en consultation, quand la porte est fermée. Le questionnaire prépare le terrain, il ne le remplace pas. C’est d’ailleurs l’un des déplacements les plus nets de l’évolution de la demande des patientes en périménopause : elles arrivent plus informées, mais elles parlent toujours à visage découvert, pas par écran interposé.
Le test à blanc, obligatoire, avant la première patiente
La sixième vérification est celle que tout le monde saute, et c’est celle qui fait gagner le plus de temps.
Se l’envoyer à soi même, puis à une consœur
Envoyez vous le lien et remplissez le formulaire en entier, sans tricher, comme si vous étiez la patiente. Vous repérerez les questions redondantes et les formulations que vous seule comprenez.
Puis envoyez le à une consœur, sans explication. C’est elle qui trouvera les vraies ambiguïtés, celles que votre familiarité avec le texte vous cache. Demandez lui une seule chose : noter chaque endroit où elle a hésité.
Vérifiez enfin que la synthèse arrive complète, lisible, avec chaque réponse au bon endroit.
Vérifier la lisibilité sur un téléphone
La grande majorité de vos patientes répondront depuis un téléphone, parfois en marchant, souvent le soir. Contrôlez la taille du texte, la longueur des listes déroulantes, la position du bouton d’envoi.
Trois points techniques restent à tester avant le premier envoi réel.
| À tester | Ce que vous vérifiez |
|---|---|
| Expiration du lien | Au bout de combien de temps il cesse de fonctionner, et ce que voit la patiente alors |
| Reprise en plusieurs fois | Qu’une patiente interrompue puisse revenir sans tout ressaisir |
| Arrivée de la synthèse | Que vous la receviez avant le rendez vous, et non le jour même |
Ces trois tests prennent vingt minutes. Ils évitent la scène où une patiente vous explique, assise en face de vous, qu’elle a bien rempli le questionnaire deux fois et qu’il s’est effacé.
Jimenez Julien
Auteur et éditeur de MaieviaIl a passé plusieurs mois dans des cabinets de sages-femmes libérales, du Maine-et-Loire aux Hautes-Pyrénées, à observer comment se prépare une consultation de périménopause, de périnée ou de santé intime quand tout le contenu reste à écrire le dimanche soir. Il n’est pas soignant et n’écrit jamais à la place de la clinicienne : son travail consiste à mettre en documents datés, sourcés et versionnés ce que la sage-femme sait déjà, dans le cadre fixé par le Code de la santé publique.
Le parcours de Jimenez Julien et la méthode de fabrication des contenus Maievia
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